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Le terme CRISE est certainement l’un des plus usités par les médias et la littérature scientifique de ces dernières années.

Employé dans les contextes les plus divers, il a acquis, par ces temps modernes, un nombre impressionnant de sens et d’intensité.

Les milieux sociaux, éducatifs, culturels, militaires mais aussi politiques et institutionnels ont vulgarisé cette notion. Elle ponctue maintenant allègrement le moindre commentaire journalistique.

Mais qu’est ce une crise ?

Un état, une évolution, un effondrement, un débordement, une évacuation, un envahissement, une ouverture ?

Dans le domaine de la psyché humaine, il est néanmoins important d’en saisir les limites à travers le vocabulaire actuellement utilisé par les professionnels de la psychologie si l’on veut mieux en saisir la « fonction » chez l’individu en grande souffrance.

Ce n’est qu’à ce prix que ses manifestations bruyantes ou au contraire silencieuses seront “entendues” par la famille, les amis ou les collègues de la personne en détresse psychologique. Elle pourra alors être perçue comme “ouverture” vers un possible changement et non comme un “effondrement” psychologique.

Il paraît donc nécessaire de reprendre le sens originel et spécifique du concept de crise, c’est-à -dire médical.

Un peu d’histoire…

A l’époque d’Hippocrate, ce terme de crise qualifiait le moment où une maladie se finalisait d’une manière ou d’une autre, bonne ou mauvaise : moment paroxystique, comme suspendu dans l’attente de la résolution de la maladie.

La crise arrivait comme le dernier round de l’affrontement terrible entre les forces négatives du mal et les défenses « de vie » du patient. Devant l’urgence de la situation, l’organisme humain convoquait toute son énergie disponible pour mettre en échec le processus pathogène.

Plus tard, au XIX ème siècle, on ajouta à ce tableau la crise inaugurale, phénomène initial de la maladie simplement réactionnelle.

Puis H.Ey se servit de ce nouveau concept pour une distinction radicale entre la pathologie aiguë et la pathologie chronique établissant ainsi une classification des malades mentales.

On retrouve ici, à côté des idées psychologiques, la théorie psychanalytique de Freud. Il y a inter-relations entre les facteurs internes et externes de l’être humain d’une part et ceux de son passé et de son présent d’autre part.

La notion de crise a été rapidement intégrée aux théories de prévention psychiatrique.

Nous sommes donc bien loin d’un concept ouvert à tous vents c’est-à -dire vide, utilisé aussi bien pour une situation économique difficile et qui dure, un état ponctuel chez un adolescent ou un mouvement de mécontentement chez une catégorie de personnel en grève.

Il est primordial de ne pas confondre une situation factuelle et le vécu psychique de cette situation par un être humain.

La crise psychologique correspond le plus souvent, à un « vécu » psychique paroxystique, dans une situation, déjà emplie d’une tension, contenue ou pas, qui frôle l’insoutenable et dont l’issue est inconnue.

La fin de cette tension, et souvent quelle qu’en soit la teneur, est vécue comme une délivrance pour l’individu la vivant directement mais aussi pour son environnement proche.

Quand peut-on parler de crise ?

En tout état de cause, la crise est un moment qui sort du quotidien et cette situation ne peut donc pas durer dans le temps.

L’être humain connaît alors un état interne de tension intense même si le comportement qu’il montre à voir n’est pas forcément désordonné ou emporté.

Cela peut-être aussi un hébétement, une régression, une fixation, une hyper-activité ou tout autre comportement inhabituel ou inadéquat en ce qui le concerne lui précisément.

Un bouleversement intérieur déstabilise ses repères et ses émotions.

Sans qu’il lui soit possible de maîtriser cette vague de fond ni de savoir, dans un premier temps, d’où elle surgit ou de quoi elle est faite, elle s’impose à tout son organisme.

Elle déferle par surprise, en tous les cas selon le point de vue de l’individu concerné. Elle s’insinue dans chaque recoin de sa philosophie de vie et de ses croyances, dilue ses certitudes, dérègle ses habitudes, trouble ses pensées, rigidifie ses capacités d’adaptation au monde.

L’individu n’est plus sûr de rien. Il n’est plus capable de prendre le recul nécessaire sur ce qu’il vit, ni sur lui et ses perceptions.

Il les vit, un point c’est tout.

C’est à ce moment là qu’il est vital que la personne en souffrance soit accompagnée par un professionnel dûment accrédité mais aussi expérimenté, car c’est un moment délicat où tout, c’est à dire le meilleur comme le pire, est encore possible pour elle.

Le vécu subjectif de cette période de marasme, se traduit par un changement de comportement. C’est ce changement qu’il est important de relever et qui doit mettre en alerte l’environnement.

Chacun peut le percevoir, ou du moins “sentir” qu’il y a “quelque chose d’inhabituel”dans les réactions de la personne que nous côtoyons tous les jours.

Le champ de conscience diminue et entraîne le caractère d’inadaptation propre à la crise.

L’individu devient incapable de s’autoréguler, de cacher son état, ni de le modifier.

Il est en même temps dans un grand désarroi, une grande incompréhension de lui-même et surtout d’une grande solitude.

Il y a rupture avec le fil normal de sa vie.

Période de catharsis ou de catastrophe ?

Il existe différents niveaux d’altération de la conscience dans les crises de pathologie mentale, notamment dans les crises inaugurales.

Il n’est pas dans notre propos d’aborder ici ces distinctions, car le diagnostic est à préciser lors d’une consultation avec un psychologue pathologue ou un médecin spécialisé.

Il est cependant utile de savoir pour la famille, les amis ou les collègues, que le “spectaculaire” du comportement ne signe ni la gravité de la crise, ni sa possible évolution.

Il est aidant aussi de ne pas confondre et amalgamer ce qui se laisse voir, c’est-à -dire le vécu d’un tumulte émotionnel chaotique et ce qui est, à savoir la preuve d’une structure et d’un ordre à travers cette réaction d’urgence que le système nerveux a mis en place.

La crise : une soupape bénéfique ?

Il s’agit en fait, dans l’urgence, de “soulager” le système nerveux d’une surcharge émotionnelle tel un fusible qui saute et permet ainsi au système électrique de ne pas prendre feu.

En d’autres termes et d’un point de vue clinique, la crise n’est pas une décharge incohérente, mais une ré-action et donc possède une structure que le professionnel sera à même d’élucider.

Le vécu de l’individu au moment de la crise (et souvent le vécu de la famille) est par excellence un moment de non sens : plus rien n’a de raison d’être.

Au contraire, pour le psycho-pathologue clinicien, ce temps si particulier est considéré comme une mobilisation exceptionnelle, une soupape bénéfique qui empêche l’implosion. C’est aussi un espace d’une grande richesse pour celui qui sait voir et entendre.

L’incertain dénouement de cette période provoque l’angoisse de l’environnement mais donne aussi toute son importance à ce temps privilégié que le professionnel saura analyser avec profit pour adapter l’aide apportée à la personne en souffrance.

Crise ou conflit ?

On comprend mieux peut-être, que, parler de crise lorsque l’individu est en conflit dans son milieu professionnel ou familial n’est donc pas toujours judicieux.

Cela n’empêche pas qu’il puisse s’agir d’une période de grande souffrance, de tension usante, de questionnement important et de remise en question douloureuse.

Néanmoins, bien souvent, ces périodes de « conflit interne » sont facilement gérables lorsqu’elles sont réfléchies et analysées avec une méthodologie appropriée, après un “défrichement” émotionnel, grâce à l’accompagnement d’un psychologue.

Ces périodes de mal aise, de mal être qui provoquent nervosité chez l’individu, puis très vite engendrent des problèmes avec l’environnement, ne sont cependant pas à sous estimer. Bien au contraire, il est primordial de ne pas les confondre avec une réelle “CRISE” ; leur mode de gestion psychologique et les moyens à utiliser étant complètement différents.

Dans tous les cas, le professionnel, expérimenté, saura faire la part des choses. Il prendra en charge l’individu « submergé » soit pour l’aider à faire de ce moment paroxystique, une période de catharsis* et non de catastrophe, soit pour l’orienter vers un confrère plus adapté à la situation spécifique.

Paris juin 2000

PAR D. SERRANO FITAMANT PSYCHOLOGUE CLINICIENNE,
PSYCHOTHÉRAPEUTE, FORMATRICE SUPERVISEUR, FRANCE-ESPAGNE
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