Accueil > TÉMOIGNAGES > La mort médiatisée de mon père

La mort médiatisée de mon père

La mort si particulière de mon père  

Je   n’aurais pas pu écrire ces lignes il y a quelques semaines encore. Maintenant, j’en ai besoin pour faire savoir, aussi, que j’ai réussi vivre malgré son absence  .

Quoique je   ne puisse donner beaucoup de détails et d’informations sur la situation, je vais essayer de mettre en mots ce que j’ai pu vivre après la mort, si particulière, de mon père  .

La mort de mon père a été très médiatisée, il y a quelques temps. Elle constituait, sans doute, un exemple de frappe terroriste aveugle. Plus tard, elle s’inscrivait dans la preuve de l’incompétence et surtout le manque de responsabilité d’une grande entreprise.

Me la jeter au visage au détour d’un reportage

Si on excepte catégoriquement des images tournées sur les lieux pendant qu’on découvrait l’horreur et les corps, cette médiatisation a cependant aidé, terme au moins, les familles des victimes.

Je n’ai pas vue personnellement cette scène précise la télévision, mais, un jour ou l’autre, on peut me la jeter au visage au détour d’une rétrospective annuelle…

Je peux dire que mon père n’est pas mort par accident, que cela fut brutal pour notre famille, mais prévisible pourtant la vue de la situation politique du pays où il a été assassiné.

Une cérémonie grandiose

Le jour des obsèques, il y eut une cérémonie grandiose, où politiques et responsables divers jouaient du coude dans les rangs, devant le cercueil de mon père. Les médias n’ont rien loupé et nous étions très entourés ce jour l . Seulement ce jour-l .

De nombreuses promesses ont été faites aux familles…heureusement que notre douleur nous a empêché de les entendre ce moment l …..Nous aurions été capable d’y croire.

La mode étant, une cellule psychologique émanant de l’entreprise elle-même s’est installée dans les bureaux de l’entreprise. Les membres de cette cellule étaient des salariés de l’entreprise. Autant dire que les personnes décédées étaient leurs collègues. Certains pleuraient. Je pense qu’ils avaient aussi besoin d’être l ; même s’ils n’étaient pas forcément du bon côté du bureau.

J’avais pitié de ces personnes qu’on avaient bombardées "débriefeurs psychologiques" pour faire bonne mesure.

La chaleur de mon corps s’en échappait

Mon souvenir de cette journée se résume des images figées. Un membre de ma famille commençait perdre la tête, et l’autre ne se rendait pas compte de l’absence   de Papa.

Je me souviens alors que le matin même de l’horreur, alors que le réveil marquait 4h54, j’ai eu une sensation bizarre.

La chaleur de mon corps s’en échappait. Quelques temps plus tard, l’heure exacte où mon père mourrait des milliers de kilomètres de moi  , j’ai senti une deuxième vague s’échapper de moi   et une vapeur glaciale m’enveloppa. A ce moment l , quelque chose est mort en moi.

Le retrouver travers ma souffrance

Plus tard j’ai pensé : Peut-être voulait-il me prévenir de quelque chose. A ce moment, je me suis dit que je devais “assurer” . Je lui devais ça. J’avais aussi “besoin” de souffrir pour lui. Je pleurais mais je ne savais pas vraiment pourquoi. En même temps je lui en voulait d’être loin.

Je me suis enfermée dans quelque chose que je voulais. Je crois que je le retrouvais travers ma souffrance. Je lui offrais cette douleur en moi.

Il avait l’âge de se reposer avec maman. Ils nous avaient élevés et bien élevés. J’avais une profession enviable et enviée et il était prêt devenir grand père. Et il est parti l -bas.

Il est parti parce qu’on lui avait dit qu’il n’y avait pas de problèmes et que ce n’était même pas la peine de mettre en place les règles de sécurité minima.

Il nous a laissé. Il m’a laissée. J’étais la fille de mon père. Plus rien ne pouvait me mettre en valeur puisque ses yeux ne pouvaient plus me voir.

Ni mon mari, ni mon métier, ni ma vie.

Je pris ce moment l des décisions désastreuses.

Un déclenchement

Et puis, grâce une rencontre téléphonique, presque un faux numéro, j’ai pu comprendre que je vivais quelque chose qui me protégeait, mais pour un temps seulement. La relation intense que j’avais vécue avec mon père pouvait se transformer en une vraie force   maintenant qu’il n’était plus l .

La médiatisation de cette affaire a permis d’obtenir une certaine « ré-habilitation » de la mort de mon père et ce fut un déclenchement pour moi. J’avais besoin d’une reconnaissance morale.

Une petite lumière s’est allumée au fond du tunnel où je me trouvais depuis l’horreur. J’étais prête. C’était mon moment. Celui où je pouvais enfin envisager de pouvoir vivre sans lui. En même temps, je dicernais quelque chose de "détraqué" en moi…

Je ne voulais pas d’aide bradée

Je suis allée chercher une aide professionnelle, un psychologue que je payais pour qu’il travaille avec moi, et pour moi, jusqu’ ce que je décide, moi-même, le moment où je pourrais le faire seule.

Je ne voulais plus d’aide bradée, de compassion, de conseils, de promesses, de voyeurisme.

J’en avais eu lors de la rencontre malheureuse avec l’équipe de la société de mon père. Elle m’avait déçue en voulant "faire" tout prix n’importe quoi. Merci.

En fait, le travail intime faire était double pour moi. Mais ça c’est mon histoire, moi.

Je voulais, ici, essayer d’approcher par les mots, l’état d’esprit qui s’est imposée moi.

Essayer de dire ce qui est si difficilement pensable, est une gageur. Mais ceux qui sont prêts entendre ce que j’écris, percevront ma douleur et mon message d’espoir. Il existe des rencontres salvatrices, encore faut-il être prête recevoir une aide.

Le gouffre du manque

J’ai été abasourdie. J’ai été perdue. j’ai été en colère, puis égoïste, puis encore en colère. Ma souffrance m’étouffait et m’aveuglait. Je me perdais dans le gouffre de ce manque de lui.

Au fil des semaines, je m’appuie sur l’amour   que mon père avait pour moi, pour me reconstruire, pas pour me détruire.

Je ne suis peut-être pas encore prête donner autour de moi…quoique, en écrivant ces lignes, je me dis que c’est peut-être ce que je fais ici, en témoignant….

Pour choisir vous même votre rendez-vous sur l’agenda du psychologue de permanence cliquez ICI.

Pour prendre un rendez vous par mail, cliquez ICI.

Cet article est la propriété de son auteur, qui a autorisé www.cigap.org à l’héberger. A ce titre, il est protégé par le copyright du site www.cigap.org. Toute reproduction, partielle ou totale, de cet article, sans autorisation écrite de la main de son auteur, sera passible de poursuites judiciaires. Seules sont autorisées les citations brèves du texte et la page d’hébergement de l’article sur www.cigap.org.

  • Actualités

  • Zone horaire