par D. Serrano Fitamant, Psychologue clinicienne, Psychothérapeute, Formatrice, Superviseur, France-Espagne
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On entend souvent : « Pourquoi payer quand je peux parler gratuitement à un ami ? ».
Cette réflexion fait référence à deux points : Premièrement la fonction spécifique du psychologue clinicien et deuxièmement le "fait de payer" qui est aussi et surtout "poser un acte" .
La fonction du psychologue est analysée dans l’article, "A propos des psychologues cliniciens, leur pratique…" voir : Qu’est ce que le psychologue fera de plus qu’un ami ?".
En ce qui concerne le paiement au professionnel, et à part le fait que “tout travail mérite salaire”, voyons maintenant (très succinctement) la composante thérapeutique du paiement du côté de l’usager.

L’acte effectué par l’usager de payer directement (lui même) son psychologue psychothérapeute est inscrit dans la démarche spécifique de se prendre en charge et donc d’être dans un désir personnel d’évolution, de changer les choses.
Grâce à un paiement direct, même symbolique dans certains cas (les enfants, les personnes sans revenus..) l’usager n’est pas redevable de quelque chose envers le professionnel. Il est d’autant moins tenté de considérer le professionnel comme un être charitable ou aimant et donc de se vivre comme "infantilisé", "dépendant" du bon vouloir de l’autre. Le psychologue et l’usager se mettent d’accord sur un travail à accomplir, aux dates et heures précisées, en échange d’honoraires.
Remarquons, à ce propos, que certains psychologues ne sont pas rétribués directement (spécifiquement) par les bénéficiaires (patients) de leur travail (par exemple ceux des hôpitaux, des Centres Médico-Psychologiques et dans la majorité des associations caritatives).
Cependant, de plus en plus, des associations de bénévoles proposant ce soutien spécifique et désireuses que les patients évoluent réellement dans leur vie, demandent un paiement symbolique (qui peut être une somme d’argent minime, une heure de travail…) à chaque consultation.
Ce "paiement" valorise fortement le bien être psychique de ces personnes à travers la valorisation du travail fourni pour "aller mieux". C’est du donnant /donnant. La demande de paiement est ainsi un acte évident de respect envers les patients et vécue comme telle par ces derniers et le paiement est le premier pas d’implication du patient dans son travail pour "allez mieux" .
Il est évident que la rigueur d’un professionnel en psychologie c’est à dire un psychologue diplômé universitaire fait partie intégrante du respect qu’une association doit envers ses demandeurs en souffrance.
Le fait de payer son psychologue clinicien thérapeute , pour un travail identifié et précis, permet donc à l’usager de ne pas contracter une dette ni envers le professionnel, ni envers la société, c’est à dire ni envers ce qu’ils représentent (symboliquement) pour le patient.
Il s’agit de se confronter à ses propres responsabilités afin d’apprendre à les assumer comme un citoyen adulte dans la société.
L’apprentissage est parfois difficile. Peu à peu, le patient apprend à ne pas prendre de "bouc émissaire", ne pas faire porter à l’autre ses défaillances par rapport à un acte posé (exemple l’acte de prendre un rendez vous, puis de ne pas payer lorsque l’on n’a pas assuré sa part du contrat en y venant).
Ces points importants dans le processus thérapeutique sont générateurs d’un renforcement positif chez le patient, du respect qu’il a de sa personne, de sa parole, de ses actes et de tendre ainsi à une maturité psychologique d’adulte sain et équilibré.
Cependant, le plus souvent, nous le répétons, le mécanisme se fait dans la douleur du deuil difficile d’une certaine irresponsabilité de l’enfance. Cette irresponsabilité peut être entretenue par la famille, mais aussi bien sur par la culture ambiante, la société, une politique sociale du "tout aide", un refus de responsabilité (c’est la faute à….si je ne vais pas bien donc il doit payer…)
Supporter et gérer des sentiments désagréables (injustice, colère…) sont les prémisses de cette évolution positive. (On entend encore souvent l’enfant qui sommeille dans chaque adulte crier "ce n’est pas ma faute !", " je n’ai pas fait exprès !", " c’est l’autre qui…..", "c’est à vous de……")
Cette prise de responsabilité est un réel acte d’indépendance vis à vis des images parentales et fondateur d’un processus qui est voulu par l’usager, même si les étapes qui le scandent ne sont pas forcément identifiées dans un premier temps.
Le paiement direct de l’usager à son psychologue psychothérapeute est, sans aucun doute, l’un des leviers importants qui permet une évolution plus sûre. Dans la pratique, les professionnels qui ont simultanément une longue expérience en institution (séances gratuites pour le patient) et en cabinet libéral (paiement direct par le patient) remarquent que cette deuxième procédure incite l’implication du sujet dans une évolution personnelle renforcée et souvent plus rapide.
L’usager gagne alors grandement en autonomie. Le travail psychique spécifique qui se met en route, l’aide à se sentir responsable de ce qui se passe en lui et permet ainsi, peu à peu, de retrouver une liberté de pensée.

Nous devons relever qu’il peut exister des méthodes d’aides, relevant d’autres registres, qui peuvent être gratuites. Par exemple, certains problèmes dont la cause réelle, ponctuelle et identifiable relève du social ou plutôt du communautaire moderne. Une aide de ce type, peut permettre à l’individu de sortir d’une période difficile temporaire. Ces coups de pouce peuvent être fournies par des amis, des collègues ou des parents (par exemple mentionner l’aide possible d’un professionnel diplômé, mise en relation pour retrouver un travail (réseau), aide à une remise à niveau scolaire, un prêt d’argent ponctuel, une information au sujet d’un appartement vacant,…)
Il est à regretter que ce type d’acte social communautaire soit de plus en plus rare dans nos contrées.
Néanmoins, lorsque la situation de "demande", de plainte, de souffrance perdure malgré un entourage « aidant » et bienveillant, l’apport d’un psychologue thérapeute expérimenté est bénéfique d’abord pour la compréhension du problème sous-jacent ensuite pour sa gestion par l’usager souffrant.