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En Bref...

Mes origines au travail, travail sur mes origines




Venus vivre en France

J’ai 40 ans aujourd’hui, et je suis la troisième fille d’une famille nombreuse. Mes parents étaient Suédois. A l’âge de 11 ans nous sommes venus vivre en France pour le travail de mon père. Il était responsable marketing dans une société américaine et il était très souvent en déplacement. Comme beaucoup de jeunes, je rêvais moi aussi d’avoir un poste similaire dans une grande structure et pourquoi pas dans une société comme YYY ou XXX.

Je me voyais leur apporter mes connaissances bi-culturelles

A la fin de mes études (BTS de Commerce International) il me semblait évident de poser une candidature spontanée chez XXX. Le siège se trouvait d’ailleurs près de mon domicile à l’époque. Remplie d’espoirs, je me voyais leur apporter mes connaissances « bi-culturelles », la maîtrise de la langue maternelle et la connaissance des produits.

En plus, le berceau de cette société, en Suède, se trouve géographiquement à côté du village où sont nés mon père et sa famille. Le fondateur de XXX était dans la même école communale que ma grand-tante ! Nous avions tant en commun….

J’étais très fière quand j’ai eu mon premier entretien. Mais quelle déception lors de leur refus ! Ils m’ont dit « Vous manquez d’expérience ». Avec le recul, j’ai compris car je n’avais qu’une vingtaine d’années. Pourtant,je ne demandais qu’à apprendre et ne comprenais pas en quoi l’expérience (de la vie bien-sûr) était si importante.

Au fond de moi j’étais tellement déçue ! Je me souviens avoir pensé : Vous verrez, un jour, je reviendrai ! Vous serez fière de m’avoir dans votre équipe !

jamais sentie à ma place quelque part

Les années ont passé. J’ai fait beaucoup d’ « intérim ». Mais sur le plan personnel, je ne me suis jamais vraiment sentie à ma place quelque part. Je trouvais facilement du travail, mais je repartais aussi vite car je m’ennuyais rapidement dans des tâches quotidiennes.

Parfois je n’arrivais pas à accepter mes collaborateurs. J’avais beaucoup de mal à faire la part des choses entre vie professionnelle et vie privée quant à mes sentiments. Je prenais comme une offense une remarque sur mon travail et je n’entendais pas : « Ton travail n’est pas bien fait » mais « Tu n’es pas une bonne personne » Forcément, je rentrais souvent en pleurant et j’en faisais des cauchemars la nuit.

un travail « alimentaire »

Entre l’âge de 26 et 28, je me suis mariée. Nous avons eu nos deux premiers enfants à 15 mois d’intervalle. Pendant cette période j’étais à la maison. J’ai appris à gérer une famille avec des enfants. A la même période, mon mari s’est trouvé au chômage et d’un commun accord, nous avons décidé que c’était moi qui prendrais un travail « alimentaire ».

Pendant ce temps, mon mari chercherait un poste intéressant. C’est alors qu’une société de recrutement me proposa de devenir standardiste trilingue dans une banque suédoise ! Le fait d’occuper un poste qui demandait moins de compétences, m’a permis d’être plus à l’aise, plus sûre de moi, sans être obligée de me demander si j’allais être à la hauteur. Bref, je me suis prise au jeu et je suis restée plus de 4 ans dans cette société. Je répondais au téléphone, j’accueillais les clients et triais le courrier. Une fois que le travail était fait à 17h30, je me sentais libre de ne plus penser aux dossiers en cours et je pouvais m’occuper de ma famille, sereinement, à la maison.

un sentiment d’échec

Pendant cette période, j’ai pris conscience de l‘importance du travail en tant que tel et quel qu’il soit. J’ai appris à bien travailler, m’organiser et comprendre l’importance de la communication notamment en ce qui concerne la critique constructive. Ainsi, petit à petit, j’ai réussi à me remettre en question, me rendre compte pourquoi j’avais toujours éprouvé un sentiment d’échec dans le cadre de mes précédents postes.

Au bout des 4 ans, le mari d’une de mes collègues m’a gentiment demandé si je n’aspirais pas à un poste avec plus de responsabilités, de possibilités d’évolution. Il m’expliqua qu’il pouvait me faire rentrer chez XXX. Il cherchait des gens avec mon profil et mon expérience !

Une deuxième chance

Voilà que, 12 ans après ma première tentative pour rentrer dans cette société, une deuxième chance m’était offerte et à 32 ans ! Lors de mon premier entretien avec mon futur employeur, il m’expliqua la politique de la maison. Elle divergeait des critères de recrutement à la française. Chez eux, ce qui comptait le plus, c’était l’expérience et la richesse personnelle, et pas seulement les études accomplies.

Pour la première fois de ma vie, j’ai senti que j’avais de réelles compétences personnelles que j’avais cultivé sans le savoir. Tout de suite, je me suis sentie en confiance car j’avais été recrutée, non pour ce que je devais faire mais pour ce que j’étais ! C’était totalement nouveau pour moi.

Le travail prenait du coup un visage complètement différent. J’ai compris que l’expérience dans le monde du travail ainsi que la maturité d’esprit avaient leur importance.

Un retour au sources

A ce poste, j’avais une impression d’un « retour au sources » pour deux raisons : Mon bureau se trouvait à deux pas de l’école que je fréquentais à mon arrivée en France et le siège en Suède se trouvait à quelques kilomètres de la ville natale de mes grands-parents, donc de mes origines.

Des déplacements professionnels en Suède m’ont permis de retrouver ma famille et de redécouvrir la région. En plus, ma grand-mère paternelle était très fière que je sois rentrée dans cette société et considérait que j’avais une très bonne « situation ».

Un sentiment d’appartenance

Travailler dans cette société m’a permis de me réconcilier avec mes origines et de me redonner confiance en moi-même. Le fait de connaître deux pays, deux cultures, et deux manières de communiquer, était, dans un premier temps, juste un plus dans mon curriculum vitae.

Mais à présent, ces qualités devenaient des atouts et une compétence reconnue dans mon travail. Je me suis sentie moins inculte par rapport à certains collègues qui avaient bien plus de diplômes que moi. En plus j’avais l’impression d’être un peu « chez moi », un sentiment d’appartenance qui n’était pas désagréable.

le désir de commencer une psychothérapie

Depuis ma famille s’est agrandie et pour cette raison je ne travaille plus dans cette société. Mais je réalise aujourd’hui que cette période de ma vie a eu une grande importance, autant sur le plan professionnel que personnel. Enfin, j’ai vu émerger le désir de commencer une psychothérapie. Quelque part j’avais négligé mes origines et le passé m’a rattrapée, et m’a un peu forcée à en prendre conscience. On ne peut pas couper nos racines. Il faut apprendre à vivre harmonieusement avec.


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